La trottinette électrique est-elle vraiment écologique ?

En 2019, 40% des trajets automobiles sont inférieurs à 3km. Un désastre ? Exactement. Des solutions ? Elles existent, et d’autres suivront ! Parmi celles qui s’offrent à nous aujourd’hui, la trottinette électrique est décrite comme LA solution ultime au “first-mile/last-mile problem” (comprenez “le problème du premier/dernier kilomètre”).

Un des arguments mis en avant par les fabricants et distributeurs de trottinettes électriques est que leur service permet de réduire l’encombrement des routes. Les trajets quotidiens en voiture des citadins ont un impact conséquent sur les nuisances sonores et la pollution, ce n’est plus à prouver. Alors, ce nouveau mode de transport serait-il la solution miracle ? Trottinette Lab’ a décidé de se pencher un peu plus en détail sur la question de l’impact environnemental. La trottinette électrique est-elle vraiment plus écologique que nos modes de transport traditionnels ?

Je rejette quoi en roulant avec ma trottinette électrique?

A première vue, vous vous doutez bien que la réponse sera plutôt rassurante. Et vous avez raison. Mais l’émission zéro n’existe pas !

pollution transport paris

Ce qui “pollue”, c’est le moment où vous ne roulez pas.

Oui, les émissions surviennent lors du repos de nos chers engins. Le chargement de la batterie qui consomme de l’électricité à évidemment un coût environnemental. Tout comme envoyer un e-mail, effectuer une recherche sur Google…donc pas la peine de dramatiser. Tout ou presque pollue, mais certaines habitudes beaucoup plus que d’autres.

Pour calculer les émissions de CO2 des trottinettes : on divise la capacité de la batterie par la capacité d’autonomie. Puis on multiplie ce résultat par l’émission de CO2 pour chaque watt-heure utilisé (en Belgique par exemple, environ 0,425 grammes par watt-heure).

Exemple pour la Ninebot ES2 :

Ninebot ES 2 SegwayKickscooter 180 Watt-heure 24 km d’autonomie

(187Watt-Heure/24km)x0,425 = 3,3gr de CO2 émis par KM parcouru. A titre de comparaison, Une voiture émet environ 141gr de CO2 dans notre atmosphère. “Environ” car chacun ne roule pas avec le même carburant (diesel/essence), ni avec le même gabarit (oui, on voit encore des gros 4×4 en pleine ville, avec 1 personne à bord…)
On peut donc estimer qu’un voyage en trottinette motorisée “pollue” environ 97% de moins qu’un voyage en voiture.

Et les transports en commun dans tout ça ?

Notre équipe a cherché à comparer de manière plus exhaustive les émissions de dioxyde de carbone. On a donc inclu dans nos calculs l’impact d’un trajet en métro et en bus sur Paris et Bruxelles.

emission c02 trottinette electrique metro voiture à paris
source : ratp.fr/categorie-faq/5041 / chesterenergyandpolicy.com/2018/06/11/the-electric-scooter-fallacy-just-because-theyre-electric-doesnt-mean-theyre-green/

À Paris, le métro et le RER parviennent à rivaliser avec la trottinette électrique en terme de rejet de CO2. En cause, la production d’électricité via l’énergie nucléaire.

emission c02 trottinette electrique metro voiture à bruxelles

source : stib.be/irj/go/km/docs/STIB-MIVB/INTERNET/attachments/publications/Comparaison_emissions.pdf / chesterenergyandpolicy.com/2018/06/11/the-electric-scooter-fallacy-just-because-theyre-electric-doesnt-mean-theyre-green/

À Bruxelles, la trottinette électrique semble s’imposer. Les transports en commun demeurent également une alternative écologique à la voiture individuelle.

Le manque de données ne nous permet pas de dire au gramme près dans quelle mesure chaque trajet pollue. C’est pourquoi nous nous sommes basés sur une estimation du coût environnemental par passager au kilomètre. L’impact CO2 de la fabrication de ces moyens de transports est également estimé. Mais on a tout de même souhaité aller plus loin ! Alors, on s’est intéressé au sujet très actuel de la production de batterie.

La batterie des trottinettes électriques : Quel impact sur notre planète ?

Entrons dans le vif du sujet. Attention, calculs imminents :

La NineBot Kickscooter est équipée d’une batterie au lithium de 7,5 Ah.

La production d’une batterie au lithium rejette entre 150 et 200 kilos de CO2 par KwH de batterie. 187 Watt-heure équivaut à 0,187kWh.

La fabrication de cette batterie rejetterait donc entre 28,05 (0,187×150) et 37,4kg (0,187×200) de CO2 .

On peut avoir l’impression que cela fait beaucoup. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’une fois ces émissions produites en sortie d’usine de notre Ninebot, cette trottinette n’en produira presque plus. Quelques grammes de CO2 par charge de sa batterie s’ajouteront tout de même inévitablement à son impact environnemental, nous l’avons déjà abordé. Une poussière comparé à ce que déverse une voiture en kilos (voire tonnes…) de CO2 chaque année.

Un des points régulièrement soulevé par les experts environnementaux concernant la production de batterie reste le recyclage. Il serait contre-productif de gâcher nos efforts de développement d’une mobilité plus écologique en minimisant cette partie du processus. Alors on a fait un bref tour de la question, et voici ce qu’on a pu apprendre :

Les batteries en fin de vie PEUVENT et DOIVENT avoir une seconde vie. A ce propos, une porte-parole de l’association pour l’avenir du véhicule électro-mobile (Avem) rappelait à LCI : “Une fois qu’elles ne seront plus utilisées en batteries de traction, les batteries au lithium seront utilisées pendant au minimum 10 ou 15 ans en batteries de stockage (stockage d’énergie éolienne, photovoltaïque notamment), avant d’être finalement recyclées comme l’impose l’Europe”. La réglementation européenne oblige en effet à recycler 50% à 75% du poids des batteries.

De quoi nous rassurer ?

D’un côté, les efforts mis en place pour réduire le nombre de micro-trajets en voiture aura des effets bénéfiques indiscutables. Sur l’impact environnemental d’une part, mais également sur l’encombrement des routes en ville, et enfin sur la nuisance sonore. Remplacer la voiture par une solution de mobilité électrique comme la trottinette électrique peut être une bonne chose.

Cependant nous sommes conscients de ce qu’il se passe en amont, avant que la trottinette électrique soit opérationnelle. La production de lithium contenu dans la majorité des batteries en 2019 (ordinateurs, téléphones, voitures/vélos/trottinettes électriques) n’est pas sans danger pour la planète et engendre de la pollution. En attendant qu’une énergie la plus propre possible soit utilisable, il appartient à chacun de faire ses propres choix pour limiter (ou non) son impact environnemental.

En prenant en compte le temps gagné lors de chaque déplacement en évitant les bouchons, et la facilité de combinaison avec d’autres modes de transport (bus/tram, train, métro) nous sommes optimistes pour dire que ce produit peut limiter notre impact écologique au quotidien.

Tout n’est pas rose au pays de la mobilité électrique

Il est nécessaire de souligner les axes d’amélioration concernant le développement de trottinettes électriques. Quelques pratiques actuelles contredisent l’argument de bénéfice environnemental, parmi lesquelles :

  • Les “Juicers”, dont le métier est de recharger les flottes de trottinettes électriques en libre-service : Ils effectuent des tournées de ramassage le soir, le plus souvent à l’aide de camionnettes. N’hésitant pas à parcourir des dizaines de kilomètres quotidiennement au services des entreprises locatrices des trottinettes en “free-floating”, ils rejettent inévitablement du CO2. La question se pose alors : Est-il plus judicieux de posséder sa propre trottinette électrique ? Et ainsi, éviter de contribuer à ce système de recharge peu écologique. Notre article comparant la location ou l’achat de trottinette vous propose une réponse.

 

  • L’extraction de lithium : Principal élément contenu dans les batteries de vos trottinettes électriques, le lithium utilisé pour développer la mobilité électrique est régulièrement dénoncé comme une solution pas si “miraculeuse”. Au cours de nos recherches, nous avons pu lire cet article qui met en lumière les idées reçues concernant son extraction. Si vous souhaitez en apprendre d’avantage, n’hésitez pas à le lire !

 

  • La durée de vie d’une trottinette électrique : Une récente étude menée à Louisville (Kentucky, USA) fournit des résultats assez alarmants concernant la durée de vie des trottinettes partagées. Selon leurs calculs, elles seraient utilisée seulement 28 jours (environ 227km) avant d’être mises hors service. Le résumé de l’étude en question est disponible dans cet article du journal Libération. Cela pose un souci de gaspillage assez sérieux, causé par la mauvaise utilisation des clients et le stockage pas adapté à un entretien optimal. En réalité, une trottinette électrique dure bien plus longtemps si l’on en prend soin. Vous possédez une trottinette électrique ou souhaitez en acheter une ? consultez notre guide d’entretien pour trottinette électrique.

Envie d’aller plus loin ? Réagissez sur ce sujet avec nous dans l’espace commentaire, ce sera un plaisir de vous conseiller et vous informer.

6 thoughts on “La trottinette électrique est-elle vraiment écologique ?”

  1. Bonjour,
    un sujet intéressant pour une enquête serait le bilan carbone “local” des trottinettes électriques en libre-service dû aux trajets des juicers: combien de kilomètres en camionnette dans une tournée pour récupérer combien de trottinettes? Et combien de kilomètres parcourt en moyenne journalière une trottinette en free-floating ? Avec ces données – dont personne ne semble avoir connaissance – on pourrait estimer si les trottinettes en free-floating sont “vraiment” décarbonées…

  2. Et quelle est l’énergie dépensée par les véhicules des “juicers” qui collectent les trottinettes pour les recharger la nuit ???

  3. Et cette trottinette vous coûtera environ 2 Euro pour 3km…
    Autant qu’un SUV !
    Tout bénef pour les startups américaines qui s’en mettent plein les poches.
    Sur le dos des écolos-bobos 😉

  4. Mais pourquoi des trottinettes électriques, et pas des trottinettes classiques ?

    Pour des petits trajets de 3 km, c’est quand même pas si difficile !

    Surtout que les personnes qui les utilisent sont en majorité en âge de pouvoir avancer en poussant du pied. Et ça ne peut pas leur faire de mal de faire ça, d’autant qu’à côté beaucoup vont courir sur des tapis dans des salles de sport, alors ils pourraient tout aussi bien pousser une trottinette classique…

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